Archive pour 'Laura'Catégorie

7 août 2006

1. La deuxième fois que j’ai vu Laura, elle ne se disait pas encore à cette époque qu’elle n’était pas amoureuse de moi, je veux dire, elle n’avait aucune raison de se dire ça puisque nous ne sortions pas ensemble, bref, ce jour-là, elle avait mis de l’huile sur la chaîne de mon vélo. Je lui avais envoyé un sms pour la remercier, je n’avais pas osé lui dire que c’était sur les rouages de la vie qu’elle avait mis du lubrifiant. Je pensais bien que ça ne durerait pas (la vie, ça rouille vite, surtout si vous la laissez tout le temps dehors, comme je le fais).

2. Laura m’avait dit, on met un petit morceau de bonheur épicé sur le coin d’une tartine.
Le goût est fort mais ça dure peu de temps. Je ne comprenais pas si «on» c’était elle et moi, où si elle faisait de la théorie, on, en général, on fait ça, ça se fait souvent, ce sont des choses qui se font, etc.

3. Malgré ces deux avertissements, quand elle a lâché la corde, j’ai pensé, un nœud mal fait, ça peut arriver à tous les marins du monde. Mais quoi qu’il en soit, je fus un homme à la mer.

4. Tous les marins du monde regardaient à ce moment-là un reportage de la BBC (sous-titré, je vous rassure) sur la chasse à la baleine. On ne se refait pas. Donc, personne ne m’a lancé de bouée. J’ai bien dû apprendre à nager.

16 juillet 2006

3 jours avant de me quitter, Laura m’avait dit qu’elle m’aimait jusqu’au bout des ongles. J’avais répondu c’est dommage je les ai coupé hier. Elle a dit tu ne comprends pas, au bout de mes ongles à moi. Laisse-les pousser j’ai répondu alors. C’était souvent comme ça avec elle, elle disait et je répondais.

2 jours plus tard elle se cassait un ongle. Et puis elle me quittait. C’est une histoire que je trouve incroyable, c’est comme dans un film, et c’est vrai que Laura, je pense qu’elle se croyait un peu dans un film.

Depuis, rien à faire, je regarde d’abord les mains des filles. Et dans mes rêves, je nourris des poules avec des rognures d’ongles, pardon si vous passez à table.

Quand j’y pense aujourd’hui, je me trouve terriblement idiot, mais c’est vrai que pendant des années, j’ai cru que si elle ne s’était pas cassé un ongle, on l’aurait fait cet enfant dont elle m’avait un peu parlé, dans des termes assez flatteurs, à tel point que même moi j’ai eu envie de le rencontrer. J’ai même ramassé de la publicité pour un vernis qui fortifie nos griffes. J’ai compris ma bêtise un jour, je ne sais plus lequel, mais ça ne compte pas, ça n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que ce jour-là, j’ai remplacé une idiotie par une autre. J’ai cru que j’avais fait un pas en avant, alors que je ne fais jamais de pas en avant, je les fais dans tous les sens, mais jamais en avant. Comme les poules qui courent dans toutes les directions quand je rentre dans le poulailler avec les rognures d’ongles, pardon si vous passez à table.

11 juillet 2006

J’ai toujours dit que quand Laura m’avait quitté, elle n’avait emmené qu’une chose, les capotes dans la salle de bain. Mais en fait, Laura avait pris autre chose avec elle. Laura est partie avec ma fierté. Et le plus drôle, c’est que, et j’ai vérifié, ce n’est pas chez elle que je la retrouverai, parce je crois qu’elle l’a entièrement dépensée. Elle l’a peut-être étalée au rouleau sur les murs de son nouvel appartement. Aujourd’hui, sur ces murs un peu délavés, ma fierté a été effacée. Elle est ailleurs ma fierté, et franchement, c’est une bonne nouvelle.

Un jour, un type qui m’avait pris en stop, un grand chevelu dans une Polo, m’avait dit de tremper mon pinceau en moi pour voir de quelle encre je me chauffais. C’est pas mal comme image je lui avais répondu. Non, il m’a dit, c’est ça le truc, c’est qu’on ne sait pas, on ne la connaît pas encore l’image.

Je n’ai pas très bien compris ce qu’il m’a dit mais ça m’a fait plaisir. Laura aurait aimé ça, je le crains. Je déteste penser qu’elle aurait aimé ça.

9 juillet 2006

Une s’il vous plaît. Une quoi? Une entrée? Non, une choucroute. Ben, on n’a pas de choucroute ici. Ah, tant pis, une entrée alors.

Je viens me faire du mal à la piscine quelques fois. Je suis construit comme un tuyau. Un petit tuyau. Dans les douches, des types baraqués se frottent énergiquement, éventuellement avec du savon, et me regardent en souriant. Ils sont nombreux cette fois-ci, ils ont de la chance, je ne vais pas m’énerver. Surtout qu’un type aussi gros que sa bouée entre dans la piscine des enfants. Les regards se détournent de moi et j’en profite pour sauter dans l’eau, ni vu ni connu.

Je fais quelques mouvements dans un sens puis dans un autre, ce qu’on appelle faire des longueurs, je me fatigue inutilement puisqu’en sortant, je ressemble toujours autant à un tuyau et que sous les douches, d’autres gros bras me matent à leur tour. Ils sont moins nombreux mais après l’effort, bien sûr, j’ai perdu mon influx comme on dit.

Ne plus rien écrire sur elle, ne plus rien dire, ça ne m’empêche pas de penser à elle. Aujourd’hui, j’ai décidé de recommencer, comme on recommence à fumer, et juste après le sport encore bien. Avec de la honte mélangée au plaisir. Saupoudrez de piment et laissez reposer au four, servez bien chaud. Donc voilà, je vais écrire ce nom qui traversait mon esprit sans cesse, pour assumer mon déshonneur. L’échec numéro 12.365 s’appelle Laura. Je n’en ai donc pas fini avec toi, ce n’est pas un malheur, mais c’est clairement une drôle de nouvelle.

2 juillet 2006

Je suis longtemps resté assis devant la large rivière. Il me semblait qu’elle emportait bien des choses sur son passage, et que moi, sûrement, je n’y résisterais pas.  Demain, je partirai à la recherche d’un gué, puisque traverser ici est au dessus de mes forces. Quand je l’aurai trouvé, je rejoindrai prudemment l’autre bord. Et sur l’autre rive, peut-être que je remarquerai des traces de pas, et sans doute, je les suivrai. Je laisserai derrière moi le tumulte de la rivière des sentiments, pour un moment.

Laura, j’en aurai alors fini avec toi. Je n’écrirai plus ton nom. Ceux de nouvelles Laura, encore et encore, plus tard sans doute, je les taperai à la machine de mon cœur, mais le tien sera resté sur l’autre rive. Laura, mon amour et mes angoisses de toi s’arrêteront ici, où je dors une dernière fois.

1 juillet 2006

Quelle vie de chien. J’ai passé la matinée sur une terrasse ombragée à discuter avec deux nanas (pffff). Laura n’est pas passée du tout dans mon esprit ce matin. Avec l’eau de mes larmes, je la décolle doucement de mes neurones. Cela fait un peu mal, mais petit à petit, les cellules libérées de la colle se remettent à respirer normalement.

Pas de Laura, mais des dizaines de collègues à elle sont passées devant mon nez, et j’ai bien remarqué à leur manière de s’habiller qu’il faisait beau. Heureusement, ça ne m’a empêché de faire une sieste.

Si tout va bien, encore une journée sans Laura.

6 juin 2006

Je courais dans la rue, je courais comme une folle. J’étais en retard. J’ai bousculé des gens sur ma route. J’étais en retard.

J’ai laissé longtemps le doigt sur la sonnette si bien que, quand il m’a ouvert, il était tendu. J’ai crié « je suis en retard ». Il m’a dit qu'il ne savait même pas que j’allais passer. Je lui ai dis à quel point il était con. Une semaine de retard, j’ai dit. Une semaine pour devenir une mère, c’est trop court.  Il s’est pris la tête dans les mains, et j’ai compris que je n’avais rien à attendre d’un type qui se prenait la tête dans les mains. Il m’a dit qu’est-ce que tu vas faire ? et j’ai senti mes yeux devenir ronds. Ce que j’allais faire ? Moi ?

Finalement, j’ai pris deux décisions. J’ai gardé l’enfant, mais pas le père. Et pourtant, qui pouvait imaginer une seconde que j’étais prête ? Deux fois plus prête que les autres encore bien.

Maintenant, j’ai rattrapé le temps, il faut dire que rien ne m’a laissé le choix. Je peux vous dire une chose, sur une sonnerie d’école, que vous ne comprendrez peut-être pas : celle-ci, en particulier, me fait des frissons sur les bras.

5 juin 2006

Laura traîne dans le quartier, je le sens. Je ne vais pas aller me coucher, c’est inutile. Elle va sonner et partir en courant, au meilleur moment, celui où le sommeil me prend.

Je hais Laura. Je la hais de tout mon être. Et pourtant, elle couche avec moi. Elle me vagabonde autour de la tête, sans bruit. Elle m’obsède en sourdine. Elle me colle aux tempes. Je voudrais la jeter, m’en défaire à jamais. La suer une bonne fois pour toutes par tous les pores de mon angoisse. Mais Laura reste là, au fond de moi.

27 mai 2006

Laura râle parce que l’amie du Tibet m’a envoyé, sur un morceau de tissu, du réconfort. Laura peste, sacrée Laura. Sacré Tibet. J’ai déposé le tissu à un mauvais endroit, sur un meuble, et je lui ai dit de rester patient, que rien n’était immuable. Le tissu a souri. Amie du Tibet a trouvé, dans un stock, sur le marché de Lhassa, un tissu sympathique qui a le sens de l’humour, qui a le sens de mon humour. Amie du Tibet a trouvé un tissu bien élevé, qui a sourit.

26 mai 2006

Ma crémière à moi vend des journaux. Elle aurait sûrement rendue Laura très jalouse, à cause de son sourire. Quel sourire elle a ma crémière ! Tous les matins, je vais acheter un journal, et je me trouve face à la crémière, ou, en fonction des jours, en face de son mari, qui n’est pas crémier mais libraire. Quel idiot celui-là.

Ma crémière, je ne pense pas à elle en dehors de la librairie. Je ne l’emmène pas chez moi. Chez moi, c’est toujours Laura qui me rejoint. Parfois, je me dis que je ferais mieux de rêver de ma crémière. Qu’y puis-je ? C’est Laura qui décide.

23 mai 2006

C’est demain dans 3 minutes. J’essaye de retenir ce jour-ci mais il va me glisser entre les doigts. Comme toujours, j’ai peur au moment d’aller dormir, et je pense à Laura. Quelle garce cette Laura. Elle fait déjà chauffer l’eau pour le thé.

13 mai 2006

Dans le bus, Laura avait passé le bras autour de mon cou. Elle m’avait glissé dans l’oreille une langue pointue et froide, j’en avais frémi de la tête au pied. Voilà donc ma dernière heure venue, dans les bras de Laura. Autour de nous, personne ne voyait ce qui se jouait, à cet instant. L’angoisse, Laura, s’infiltrait en moi. L’angoisse s’inflirtait.

C’est comme si j’avais craint de mourir vautré sur Laura, que se referme sur moi ses bras soyeux. Et une seconde plus tard, c’est comme si j’avais craint que sa voix ou ses yeux ne me raniment peu à peu, que la vie me reprenne, et qu’assis à côté de Laura, je replonge dans l’effroi.

Non, Laura, que la vie me reprenne, d’accord, mais alors loin de toi. Que je ne sache pas.

27 avril 2006

Laura a pris ma main pour traverser. Ce n’est pas vrai évidemment, j’ai imaginé que Laura était à côté de moi alors que j’attendais que le feu passe au vert, et à ma grande surprise, elle a glissé sa main dans la mienne. Elle n’a rien dit, nous ne nous sommes pas regardé et nous avons traversé la rue. Et je crois que tout le monde se demandait ce que j’avais à balancer ma main dans le vide. Finalement, c’était plutôt heureux, parce qu’arrivé de l’autre côté de la rue, j’ai trébuché sur le trottoir, et sans Laura qui me tenait la main, je serais tombé.

Ce qui était faux, c’est sa présence, pas le fait qu’elle me tienne la main. Est-ce quelqu’un peut comprendre ça?

16 avril 2006

Qu’est-ce que Laura a fait de moi, et qu’est-ce que j’aurais fait de Laura ?

6 avril 2006

Hier, le ciel m'est tombé sur la tête et j'ai vu Laura qui s'éloignait sur une mobylette. Elle laissait derrière elle une petite fumée légère qui sentait la lavande. La mobylette. Le ciel a fait boum donc. Sur ma tête. Ce matin, j'ai une grosse bosse sur la tête. Maudite Laura, je n'en sui pas encore débarrassé de celle-là. Ma psy n'est pas prête de manquer de beurre pour les épinards.

5 avril 2006

Ce n'est toujours pas ça. Ce n'est pas pour moi, ce n'est pas comme ça, ce n'est rien. Ce n'est rien. C'est toi. C'est ça, c'est toi. Ce n'est pas ce que je crois, ce n'est rien, c'est comme ça. Ca n'ira pas, ça ne changera plus. C'est comme ça, ce n'est pas ça. Si c'est ça, ça n'ira pas.

1 avril 2006

Au fond de moi je sens monter l'odeur du thé. Un thé noir et doux. C'est qu'elle sait recevoir. Pourtant, Laura n'attend rien ce soir, elle sait trop bien que c'est avec le temps qu'une fois encore elle me prendra à mon propre piège.

Elle va, à petit pas, ou sur la pointe des pieds, retrouvé le fauteuil de cuir rouge. J'entends en mon coeur grincer le cuir sous sa peau de soie. Je frémis. Elle est toute prête à attendre que je lui tende les bras.

Au travail, couchons-nous.

30 mars 2006

Laura revient sur la pointe des pieds et s'endort dans un coin. En laissant tout l'espace et le temps à sa nouvelle invitée. Fais comme chez toi Laura.

Quel âge à Laura? Laura n'a plus l'âge de faire attention à la hauteur de ses talons. Quel âge à Laura? Laura n'a pas l'âge de faire attention. Quel âge à Laura? Laura n'a pas d'âge. Tout le monde a un âge. Alors elle a l'âge de Laura. Tu tournes en rond. Tout tourne en rond. Tout je ne sais pas, mais l'horloge. Combien vous dois-je? Tu me dois l'âge de Laura.

Rêve du matin, entre un rayon de soleil et le volet ouvert de la chambre.

30 mars 2006

Ce n'est pas toi. Tu n'as pas. Tu n'as rien. J'ai vu bien mieux. Tu ne sais pas. Tu ne sauras pas. Ce n'est pas toi. Ce n'est pas la peine. Ce n'est pas ça. Tu ne sais pas. Tu ne peux pas. Ce n'est pas la peine. Tu ne l'es pas.

Laura

PS: si tu passes au Delhaize, pense au pq stp 

29 mars 2006

Je suis encore une fois dans une autre ville, au soleil. Je croise chaque jour des dizaines de Laura, mais aucune qui me reconnaisse. Je me retourne sur chacune d'elle, avec application.

Mes Laura de voyage sont multiples, mais elles n'effacent jamais celle qui m'attend au retour. Dans la pièce centrale de mon esprit, il y a un fauteuil de cuir rouge. Elle y est assise, les bras sur les accoudoirs. Dès que je suis rentré à la maison, une angoisse frappe à la porte. Laura se lève, lui ouvre la porte, et prépare le thé.