Pour la première fois aujourd’hui, j’ai réussi à faire les courses de A à Z avec les mains dans les poches. Je ne vous raconte pas, c’était la classe. A la caisse bien sûr, j’ai sorti une main, je n’allais quand même pas souffler mon code secret à l’oreille de la caissière pour qu’elle le compose elle-même.
La jolie était là. Elle était dans la file d’à côté, la file rapide. Avec du pain 7 céréales bio. Dans ma file, ça traînait plutôt. Déjà que d’habitude, ça m’énerve quand ça coince, mais là, comme je voulais sortir en même temps que la jolie du magasin, je rongeais mon frein (c’est une image, en réalité je rongeais la barre de la charrette). Bien sûr que la nana qui prend un ravier de framboises sans prix, c’est pour ma fraise (la classe, je vous dis), elle est juste devant moi, juste au moment où Monsieur Frimoul des fruits et légumes, quand on a un nom comme ça on fait gardien de prison, fait sa pause et qu’il est remplacé par Madame Keyzer, quand on a un nom comme ça on fait maîtresse d’école, qui ne connaît pas le rayon, nous met la plombe pour retrouver l’endroit où il y a les fraises, pardon les framboises, et en fait, je devrais dire “il y avait” puisque la demoiselle a pris le dernier ravier et qu’elle aurait pu le dire et que finalement elle va le laisser, c’est pas grave. Mais là, ça m’a surénervé parce que tout en payant son pain 7 céréales bio recyclé alors que moi, je n’avais pas encore mis un seul article sur le tapis roulant, la jolie était en train de regarder mon stocks de poudre à lessiver pas du tout bio pour le coup et mes 16 Bistro dîners, avec un air pas du tout content.
Pour couronner le tout, j’ai engueulé mademoiselle Framboise en lui disant que si elle n’avait que ça à foutre, bloquer les files, elle pouvait aussi faire feu rouge au carrefour Léonard et que si vous n’êtes pas sûre d’aimer les framboises, achetez donc une boîte de petit pois, avec le code barre, comme ça, ça fera des copains à votre cerveau.
En passant devant le miroir du photomaton, j’ai vu que moi aussi je pourrais faire le feu rouge. Voilà, je suis passé pour un con. Je suis un con.
J’ai continué à pousser ma charrette remplie de savon et de surgelés en gardant mes petits poings serrés au fond de mes poches. Faudrait que je repense ma stratégie. Aujourd’hui, j’ai fait l’erreur de sortir une main de sa poche au moment crucial. Je suis sûr que si je les avais gardées toutes les deux au chaud, j’aurais trouvé quelque chose de malin à dire en faisant un clin d’œil à la demoiselle avec son putain de ravier. Et puis, dans une certaine limite (j’exclus Hitler, Staline, Bush, Poutine et Yvette Horner), il faut admettre ce qu’on est, n’est-ce pas ? Je devrais plutôt utiliser mes mains dans les poches à ça. C’est ce que je me disais en arrivant chez moi, mais comment essuyer mes larmes alors ?