Archive pour 'Théophane'Catégorie

28/04/2006

- Je ne vous ai pas forcé la main quand même ? Je voulais juste vous aider à prendre la décision, vous aviez l’air un peu perdu. Et puis vous savez, c’est beau Binic.

La jeune fille compta un arbre, deux arbres, jusqu’à 12 arbres.

- Vous faites la gueule ?
- Non.
- Mais vous ne dites rien depuis qu’on a quitté Paris.
- Je me concentre sur la route.
- Je vous ai vexé ?
- Non. Je me concentre toujours sur la route.
- Je vous ai vexé.

Un arbre. Deux arbres.

- Vraiment, c’est chouette. Moi j’ai tout le temps. Et vous ?
- J’ai du temps.
- Pas plus que ça?

26/04/2006

Théophane roulait maintenant à vitesse constante sur une nationale sans feu de signalisation. La jeune fille passait la main dans ses longs cheveux et en regardait le bout.
- Je cherche les fourches. Vous ne dites pas grand chose.
- Je n’ai pas de fourches.
- Vous n’avez pas vraiment de cheveux.

Théophane dû s’arrêter à la pompe, une pompe de bord de nationale, avec un pompiste qui sort de sa cahute. Alors que le pompiste remettait avec difficulté le bouchon du réservoir en place, la jeune fille se pencha par la fenêtre ouverte et lui dit « nous allons à Binic ».

25/04/2006

Théophane ne s’est pas arrêté. Qu’est-ce qui lui prend ? Il ne s’arrête pas ? C’est pas possible je suis encore tombée sur un taré.
- Je suis censée m’inquiéter ? Je vais vous dire, comme vous conduisez comme un pied, je suppose qu’on va se mettre dans le fossé rapidement. Enfin, si on arrive jusqu’à un fossé.

25/04/2006

- Vous allez où ?
- A Montmartre
- Ah. Bon, c’est toujours ça. 459 kilomètres moins 1 ça fait combien?
- Vous allez où ?
- A Binic.
- Binic.
- C’est un port en Bretagne.
- Vacances ?
- Si on veut.
- Vous avez de la famille là-bas ?
- Non. Je suppose qu’il y a des bateaux.

Plus que 600 mètres et Théophane allait déposer la jeune fille. Il roulait très lentement, à du 20 kilomètres à l’heure. Théophane avait un peu moins de deux minutes pour se décider.

20/04/2006

Sur le Boulevard de la Chapelle, une jeune fille faisait du stop. C’est beaucoup dire, elle avait le bras tendu et le pouce vers le haut, mais cela ne semblait pas concerner le reste de son corps, pas plus que son esprit. Elle regardait en réalité ses chaussures avec intensité.
Théophane se décida tard, et passa encore plus tard à l’action, il freina donc 20 mètres après avoir dépassé la jeune fille, et dû se lancer dans une marche arrière plutôt hasardeuse.
- Vous vous arrêtez pour moi ou vous répétez pour le permis ?
- Le permis, je l’ai.
- Alors c’est pour moi dit-elle en montant dans la voiture.

19/04/2006

Théophane était allé chercher sa voiture en province. Une voiture ancienne, une Audi 60, blanche. Plutôt grisonnante. Il était terriblement excité à l’idée de la ramener à Paris, de passer devant « les alouettes » au pied de Montmartre et de klaxonner bruyamment  pour que tout le monde se retourne sur lui, les amis, les inconnus, les touristes, qui se seraient dit c’est magnifique Paris, grâce à lui.

Arrivé à la porte de Bagnolet, il pensait à tout ça, aux boulevards qu’il allait emprunter pour rejoindre le 18ème, puis aux ruelles, puis au café et enfin à la tête effarée de tous ceux qui le verraient, pour la première fois, au volant d’une voiture, et quelle voiture ! Il faisait bon, le coude de Théophane sortait légèrement de la large voiture, posé sur la portière par la fenêtre ouverte. Il paressait, conduisant lentement, une main sur le volant, donnant du gaz d’une manière très mesurée. Il était débutant et comptait bien garder sa voiture entière, au moins jusqu’aux alouettes. Après…