4/02/2007

- C’est la clarté du jour dans cette boîte ?
- Oui.
- Et si je l’ouvre ?
- C’est la clarté du jour.
- Ah oui, bien sûr. Je peux ?
- Il y a là un enfant qui dort. Qui nous a laissé le soin de son sommeil. Laissons la boîte où elle est.
- Mais le jour doit bien venir, n’est-ce pas ?
- Laissons la boîte.

Jusqu’à l’âge de 12 ans, pour Tom aussi, on a gardé la boîte fermée. Mais une nuit, quelqu’un l’a ouverte légèrement, et la lumière a jailli. Depuis, Tom ne dort qu’à moitié quand il dort. Ce qui le rassure le jour, la nuit, l’empêche d’accéder au véritable repos.

Tom sera fatigué toute sa vie durant. Il a un visage sec comme un petit désert. Pour lui, on ne pourra plus rien planté qui ne soit arrosé de larmes.


2/02/2007

J’arrive à un âge. Comme tout le monde. Moi, ou plutôt aujourd’hui, c’est celui que j’appellerais l’estuaire de la vie. Le moment où le champ des possibles se réduit à cause du temps alors que les rêves accumulés forment une ligne d’horizon complète, de gauche à droite. Seul compte ici en fait d’éviter le naufrage. On sert les dents. Voilà ce qu’il convient de faire à mon âge avancé, à la moitié, entre deux eaux.


31/01/2007

Un jardinier que je connais cultive des petits moments au fond de son jardin. Des petits moments de tous les instants. Il les partage avec ceux qui passent à l’arrière du potager. Je suis passé hier. J’avais d’abord hésité, parce que le chemin était glissant. Je l’ai trouvé le dos courbé, les mains dans la terre. Il m’a fait signe, mais il a continué à travailler. Je me suis appuyé sur la clôture et je l’ai regardé faire. Quand le soleil s’est couché, il est rentré dans la maison, encore un geste pour dire au revoir, puis il a fermé la porte, et le volet s’est refermé.

C’est comme si le jardinier m’avait appris à cultiver, moi aussi, un petit moment.


29/01/2007

Petit soldat a les doigts qui tremblent. Il écrit, du fond de son trou, sur du papier humide. Il écrit à ceux qui, loin de là, le soir, tendent l’oreille. Dans l’espoir d’entendre un de ces foutus moteurs s’arrêter, ou quelques pas sur le gravier. Il dit la boue, la soupe froide, les gerçures aux doigts de pieds. Il explique les nuits glaciales sous le couverture de laine toute pelée. Les rhumes, la toux permanente. Puis il cherche encore quoi dire, son crayon serré entre les dents. Il replie le morceau de papier et en reste là. Il oublie la peur, la terreur, les maux de tête, le tournis qui le prend, les cauchemars permanents, le bruit des corps qui tombent sous la caillasse, le drapeau et son ombre, à l’entrée du camp. Il a tant d’images en tête qu’elles lui restent en dedans. C’est l’embouteillage de la guerre qui lui colle aux neurones.

Tout ça ne sortira que la nuit, dans pas longtemps, quand il est vraiment seul, quand il dort ou fait semblant.


27/01/2007

Un moineau est tombé de haut, sur un tas de pierres. Sans battre des ailes, un oiseau tombé du toit s’est fracassé la tête devant chez moi. Un oiseau qui se prenait pour une lolita. Une petite, qui dit toujours qu’elle est trop ceci ou trop cela. Une épuisante gamine, aux doigts si fins, qui se perdent dans ses cheveux. Elle est maintenant couchée depuis des heures dans un lit blanc, un lit de fer. Et quand elle ouvre enfin les yeux, elle n’est même pas surprise. Comme cela doit être épuisant de prétendre être à sa place quand on n’y est pas. Bien sûr, elle s’assombrit quand elle me voit. Elle ne dit rien, elle me fixe en silence comme si j’étais un chat. Tu vois petit moineau, tu vois. Tu le sais mieux que moi, qui n’y pensais déjà plus. Quand tu reviens à toi, je suis prêt à te laisser être n’importe quoi. C’est toi.

- Petit oiseau qui saute du nid a les bras bien trop lourd, et tout ça, avec deux fois rien sur le dos. Bref, rien ne marche.
- Normal pour un oiseau.
- L’idiote qui comptait t’emmener dort dans le couloir. Pourquoi fait-on le mur à ton âge ?
- Parce qu’il y a des murs, papa.

Ce que je peux détester ce romantisme à deux balles qui fait tomber des toits.


24/01/2007

Biggs a écrit sur sa main la liste des courses, parce qu’il a peur d’oublier. Sur sa main qui tremble se mélangent un peu le sucre, les mouchoirs et le café. Il faut aller dans l’heure car le magasin va fermer. Biggs ne veut pas oublier. Pas pour la goutte au nez. Pas pour le goût du sucre ou l’odeur du café. Juste pour ne pas oublier. Biggs veut revenir avec tout ce qu’il faut acheter.

Le lendemain, au matin, devant l’armoire, Biggs caresse la main pour effacer les mots écrits la veille sur sa vieille peau craquelée. Une goutte qui tombe du nez sur le plancher. Hier, Biggs n’aurait rien pu ramener car il a oublié d’y aller.

Il se repose dans le fauteuil en face de la fenêtre. Il se dit que le pire serait d’oublier le goût du sucre et l’odeur du café. Il renifle et s’essuie le nez avec la manche de sa chemise en laine. Il s’endort. Sans café, il est trop fatigué.


22/01/2007

J’ai quitté le bord du puit D’un coup de rein Pour revenir sur mes deux pieds Pendant ce temps Je pense à tout et à rien Et je me dis que Quoi qu’il en soit Avec un peu de temps Nous aurions pu faire quelque chose De bien Tendre une main Ou donner une caresse à l’un ou à l’autre Saisir une chance Qui passe Ne rien faire à dessein Ou lancer les bras au ciel Toutes ces choses qui tombent Avec moi Au fond du puit Reviendront à la surface En laissant ma carcasse Bien à l’abri Du soleil Du vent Et peut-être de la pluie Si l’on vient couvrir Le cercle de lumière D’un peu de métal, rond Plat, qui résonnera Jusque dans la boue De mon abri Je pense à ceci En flottant, me cognant, aux parois De pierre grise ou verte qui sait Le fond d’un puit ?


21/01/2007

Je suis revenu sur les routes de mes exploits. Celles sur lesquelles j’ai remporté tant de victoires d’étapes. C’est sur ce mauvais bitume, avec le vent de face, que j’ai battu des meutes d’Italiens, d’Espagnols, mais surtout de Français, lancés à mes trousses, ne pouvant remonter le champion que j’étais.

Le soir, en mangeant une crème à la vanille, je regardais les retransmissions de l’épreuve du jour, dans lesquelles je ne figurais jamais. Pour peu que je me souvienne, je ne m’en étonnais même pas. Mais c’est peut-être ce manque de rigueur journalistique qui me poussait, le lendemain matin, à réécrire courageusement l’histoire du sport cycliste.

J’apprends depuis peu que ceux de la télévision sont tous emplis de produits divers. Certains sous couvert d’une ordonnance médicale, d’autres pas. Ces derniers sont hués comme des vauriens, les plus malins sont rois. Moi qui n’ai jamais osé m’injecter la moindre substance dans la moindre veine, je ne doute pas que j’aurais fait un grand champion, d’une catégorie particulière, celle des purs, qui ne roulent qu’avec de la crème à la vanille dans les mollets.

L’insouciance est le cadeau des enfants véritablement gâtés. Certains mois de juillet, je m’y suis noyé. Elle a constitué pour moi le plus douillet des nids. Dont aujourd’hui encore, je l’avoue, je m’extrais avec difficulté. Il m’arrive, ayant atteint le sommet d’une côte, de lever le poing en signe de victoire. Je m’assure d’abord qu’il n’y a aucun témoin. A mon âge, il faut être prudent. Certains ne me le pardonneraient pas.


20/01/2007

On dit du lieu où j’habite que c’est un village. Il me semble que c’est un fourmilière. Je croise tous les jours des visages que je connais. Des personnes qui portent sur leur dos de quoi ne pas rentrer bredouille. Des pommes, un journal, un enfant, des prospectus, une triste mine, un manteau rouge.


18/01/2007

La solitude de Tom est si matérielle, si présente à lui, qu’hier, dans la rue, il l’a vue et lui a parlé. Il l’a questionnée sur son amour pour lui, et il lui a demandé pourquoi, même quand il était entouré, c’est souvent à elle qu’il pensait, pourquoi il quittait si souvent ses amis pour courir vers elle. Elle n’a rien dit. Il lui a proposé de prendre le bus qui passait et de le laisser là, pour une fois, vraiment seul, mais elle n’a pas bougé. Il sait qu’elle vit, puisqu’il la voit, il pourrait la décrire ou la dessiner.

Et ce soir, il est attablé avec tant d’amis, mais c’est encore plus fort, elle aussi est conviée au dîner, elle est appuyée sur le coin de la table et le regarde, le fixe, sans le lâcher. Pas un sourire, pas une larme, il ne laisse rien paraître et vite on l’oublie. Dans la foule, maintenant il s’en souvient, elle était toujours à ses côtés, elle le guidait vers la sortie.

Parfois, Tom prend du poids. Quand il est trop triste, Tom prend du poids. C’est sa solitude qui lui joue des tours, elle monte derrière lui sur sa balance et Tom voit qu’il a pris 2 kilos.


17/01/2007

Ce matin j’ai acheté un nouveau matelas, un matelas fort coûteux, mais je me demande s’il m’apportera de meilleures nuits, où si celles-ci ne sont livrées qu’avec le modèle supérieur, celui avec les ressort en latex recyclé du Brésil. C’est que pour moi, c’est la saison des tremblements apparemment. Parfois, allongé sur mon lit depuis heures, je vois sur le plafond la nuit passer d’un côté à l’autre de la chambre. J’ai les doigts plantés dans le drap qui couvre mon matelas à ressort et les mâchoires comme des cisailles. je suis froid au-dedans, très froid, et je sue. Voilà un triste sort. Pardon si je vous déprime, comprenez mon embarras, c’est la voisine qui me dit que j’ai triste mine que je fais peine à voir, et je m’inquiète. Je vous ai écrit ce petit poème pour vous dire mon désarroi. Mais je comprends que vous tourniez la page. On ne s’abîme pas les yeux pour s’abîmer l’âme, n’est-ce pas ? C’est la joie, la beauté, qu’on cherche dans les lignes. N’est-ce pas ?

- Fermez-vous les yeux pour dormir ?

- Docteur, bien sûr, jusqu’à me lasser. Après quoi je les ouvre.

- Et si vous les gardiez fermés ?

- Ah, parler à un scientifique, quel calvaire.


15/01/2007

Je suis né en face d’une allée bordée de grands peupliers secoués par le vent, comme tous les peupliers du monde, j’imagine. L’allée est très belle, assez large, des fleurs de toutes les couleurs. Des papillons, des herbes folles aussi. De jolis cailloux sur la douce terre du chemin, qui descend légèrement, et l’on n’a qu’à se laisser aller, dans la joie puisqu’à chaque pas on peut entendre la rivière dont on ne cesse de se rapprocher. Merveilles partout. Ah, quelle joie je devrais ressentir !

Mais je suis né en face d’une allée bordée de grands peupliers, et j’entends depuis longtemps maintenant le croassement des corbeaux qui se cachent par centaines dans les hautes branches. Un de ces jours, l’un d’eux va quitter son perchoir et venir se placer sur le sommet de mon crâne pour me raconter une sale histoire. Je marche depuis longtemps avec la tête rentrée dans les épaules.


13/01/2007

Cadine est un ami dont le cœur bat parfois de l’aile. Il plie les genoux quand la pompe hésite, puis se redresse et dit que tout va bien. Cadine refuse de voir un médecin. Qui lui colle un objet froid entre les omoplates ou sur la poitrine. Cadine ne peut rien faire comme un athlète. Ni courir, ni porter, ni sauter, ni plonger. Il reste toujours sur les bords et regarde passer les champions. Tant pis dit Cadine, une autre fois. Une chose ennuie Cadine. Il voudrait des enfants. On le lui déconseille, à cause de l’émoi. J’espère que Cadine ne va pas écouter. Peut-être qu’il se mariera, et que pendant la nuit de noce, il lancera au hasard des millions de lui. Je sais, peut-être qu’il mourra dans les bras de sa femme en faisant des petits bruits. Mais peut-être aussi que Cadine Junior naîtra au printemps. Qu’il aura de grands pieds, et courra tout le temps.


12/01/2007

Quand je passe devant le jardin de Lucy, un petit chien aboie vers moi une drôle de haine. Derrière la haie, puis la clôture, le petit roquet me suis du regard, sans me lâcher un instant. Ce n’est pas que j’ai peur, mais ce chien de l’enfer m’empêche d’être léger, alors que pourtant, tout me porte à ça. L’air est frais et le ciel est bleu. A cette heure, la chaleur ne me colle pas encore au sol, au contraire, avant d’en arriver là, je sautais d’un pied sur l’autre. Ce n’est qu’en été que j’y parviens, être dans l’instant, sans rien me reprocher. Les autres saisons sont angoisse. L’été, non, il me porte doucement.

Puis vient le jardin de Lucy. Le jardin de Lucy, c’est tout. Puisque Lucy, je l’aime, qui ne me connaît pas, et ce chien qui me dit que je me trompe et que je ne dois pas penser à elle.

Oh que je parte, bien sûr, ce n’est pas prévu, mais dans un moment ou une éternité, je tombe d’ici. Je ne quitte pas le lieu, j’en tombe. Voilà, et si c’est la vie dont je parle, je ne la quitterai jamais puisque j’en suis incapable, mais je trébucherai et passerai par-dessus bord, je chuterai dans l’écume de vous. Dans un vent de poussière, dans une heure grise, dans un éclair insensé, je passerai le canal à la rame. Je veux de la musique, je l’aimerai, et sur cet air, je ramerai mes dernières forces, quand le courant ne me porte plus.

Puis je passe au-delà du jardin de Lucy, j’en reviens, je m’en sors, et l’été me reprend dans sa douceur et je continue mon chemin. Lucy m’est à nouveau autorisée. C’est quand je la frôle qu’elle s’échappe, alors j’allonge le pas.


10/01/2007

Le petit Gérard garde en permanence une main devant son oreille gauche. Sauf la nuit, quand il peut l’appuyer contre l’oreiller. Gérard a peur que quelque chose n’entre dans son oreille qui n’a rien à y faire. Quelque chose d’effrayant. D’énorme ou de méchant. Alors, Gérard ne sait pas encore écrire. Il fait des dessins bizarres sur les feuilles de papier qu’il tient avec son coude pendant qu’il gribouille. On s’inquiète de ses mauvais points, mais personne ne demande à Gérard ce qu’il fait avec sa main sur son oreille. Personne ne lui dit ne crains rien.


9/01/2007

C’est le lundi matin, en chemin vers le bureau de Londres, que j’ai senti sa présence. Ca m’ennuie de le dire, mais je crois bien que Laura est revenue. Ca m’ennuie de la dire. Sur un pont, avec le train plein comme un œuf qui me passe en dessous, elle m’a croisé d’un pas vigoureux et assuré. Je me suis retourné, bien sûr, et je l’ai vue partir avec la foule, comme un poisson dans l’eau froide qui nous tombe du ciel, sur les épaules. J’imagine qu’elle a dû sourire, elle n’a pas pu s’en empêcher. Elle va encore m’attendre en faisant chauffer l’eau pour le thé. Dans le grand fauteuil rouge, au milieu de ma tête de moineau, elle s’affalera bientôt, en attendant que mes petits démons débarquent. Satanée Laura. Je vois bien que tu ne t’impatientes pas, que tu sais temporiser. Si j’avais le centième de ta force, Laura, je t’écraserais comme une mouche contre une vitre.


8/01/2007

Billet numéro 300. Bonne fête à tous les 300.


7/01/2007

Je pars pour Londres avec mon billet en poche, je monte dans le train à l’heure dite dans la poche, je m’assieds où il faut s’asseoir quand on en est là, et tout se passe bien. Je reste calme, je respire profondément puisque je passe sous l’eau. Hop. La vache, comme c’est beau les moutons blancs (magnifique).

A la butte, je descends du train pour monter dans un train. Je prends conscience du trou. Je prends conscience du trou. Je prends conscience du trou.

Je suis de retour dans la grande ville, plus visitée depuis longtemps. Aujourd’hui, c’est gris Londres. C’est froid. Londres me souffle dans le cou. Je voudrais prendre tout mon temps mais je ne l’ai pas ce temps-là, ce n’est pas mon temps à moi, et donc, soit, je ne peux pas le prendre. Ici, tout le monde fait la queue pour un oui ou pour un non, alors vous pensez, si je prends le temps, qui n’est pas à moi.

Je descends ici, sur le carré de Russel. On me couchant dans mon petit lit dans un hôtel rempli de petits messieurs du Bengladesh, je pense à Russel.

- Ca va Russel. Ca va.
- Ca va Monsieur.
- Oh, arrêter Russel, on va pas commencer comme ça.
- Comme quoi Monsieur ?
- Vous me faites chier Russel. Je sais très bien que vous parlez français Russel.
- Très bien Monsieur.
- Non, pas très bien, mais assez bien.
- Bien Monsieur.
- Oh, merde Russel. Merde.
- Shit Monsieur.

I sleep.


5/01/2007

Sur le quai de la gare, un type veut m’arrêter alors que je m’apprête à monter dans le train.

- Il est vrai que les monstres ne tombent pas ciel, nous les portons en nous.

Je continue vers le wagon sans faire attention, la rame va partir.

- Si nous ne les portons pas en nous, au minimum, nous les portons, et c’est déjà trop n’est ce pas ?

Je l’entends qui crie, sur le quai. Moi je vais m’asseoir à ma place, siège 17 voiture 12. Merde, c’est le siège côté fenêtre, celle qui donne sur le quai. Le type me voit, il vient coller son front et les paumes de ses mains contre la vitre. Je le vois de très près. Il a une peau très désagréable.

- Mais je vous assure, nous les portons en nous. Je vous assure. Descendez, il faut que je vous parle.

Je détourne le regard et je regarde ma montre. Ce train ne part que dans 3 minutes (sans compter les nombreux retards, mais soit). Quel calvaire. Dans le wagon, presque tout le monde me regarde maintenant. Je ferme les yeux et je m’extraits de cette scène ridicule. Le gars finit par s’éloigner, et j’ouvre les yeux à nouveau pour constater que les regards se sont détournés de moi. Une jeune fille, sur le siège de l’autre côté du couloir, me fixe encore.

- C’est fort, elle dit

Bon, je regarde mes pieds maintenant. Mon empire pour un bouquin (c’est vrai finalement, je n’ai jamais lu le comte de Monte Christo). Pourvu qu’elle descende à la gare du Nord et pas à Amsterdam.


3/01/2007

Un bon comédien a passé sa vie à prétendre qu’il n’était pas comédien. Comme il était bon, il y est parvenu, toute sa vie durant. Coursier, garçon de café, instituteur, puis fonctionnaire, puis triste fonctionnaire. Il a si bien joué le jeu, qu’il a fini par oublier qu’il était comédien. Sur son lit de mort, il a eu un sursaut. Il a fait rire toute la petite famille qui se tenait à son chevet, par une tirade fameuse, une pure invention, une improvisation de quelques minutes. Puis il est mort sous les applaudissements. Avait-il tort ou avait-il raison ? Sommes-nous responsables de ce que nous ne sommes pas en plus d’être responsables de ce que nous sommes ? Le sommes-nous ? Qui sommes-nous ? Sommes-nous ? Etc.